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L’aide à la décision

Rappel : dans ce qui est au cœur de l’expérience de St Ignace, sept repères semblent particulièrement adaptés à notre époque et aux attentes de nos contemporains :

1. L’importance du désir ; 2. La conversation spirituelle ; 3. Trouver Dieu en toutes choses ; 4. Voir, sentir, goûter ; 5. Un certain regard sur le monde ; 6. L’aide à la décision ; 7. Unification et libération de tout l’être.

(6) : « L’aide à la décision »

C’est assurément ce qui contribue le plus à la réputation de la spiritualité ignatienne.

Beaucoup de nos contemporains éprouvent de la difficulté à se décider, ont peur de l’avenir. Il y a une crise de l’engagement. L’engagement fait peur, surtout s’il est définitif.

Se marier ou cohabiter… Entrer dans la vie religieuse… Faire le choix de telle ou telle carrière… Adopter quel style, quel train de vie… Accepter ou refuser un engagement… ? Ce ne sont pas des questions anodines.

Peut-être que les situations humaines sont plus compliquées que par le passé ? On a peut-être davantage à choisir qu’autrefois. Un certain nombre de questions qui étaient jadis tranchées par la nature ou la force des choses, par les parents ou les supérieurs hiérarchiques, sont aujourd’hui davantage remises à notre jugement et à notre responsabilité. Et l’avenir semble plus indéchiffrable avec moins de certitude sur l’environnement dans lequel se vivra le choix dans la durée.

Toujours est-il qu’il y a un vrai besoin d’aide à la décision.

Il n’est pas rare quand il y a une décision à prendre, un choix à faire, surtout si c’est une situation délicate ou que le choix est d’importance, que l’on conseille de faire une retraite ignatienne ou au moins de rencontrer quelqu’un qui peut donner quelques règles de discernement.

Il s’agit d’aider à faire des choix qui correspondent à ce que l’homme est, et ce à quoi il est appelé.

Dans les Exercices, au terme de « décision » ou de « choix », Ignace préfère le terme biblique « élection ». « Election », pour mieux signifier que la décision n’est pas le seul fruit d’une réflexion personnelle, mais qu’elle est reçue comme un traité d‘alliance entre deux partenaires. Au Sinaï, Dieu fait élection d’un peuple et s’engage envers lui, tandis que le peuple ratifie l’alliance en choisissant son Dieu et en s’engageant à observer ses lois (Ex 19, 1-8).

En fait, ce que nous aide à découvrir la spiritualité ignatienne, et c’est bien évidemment au cœur de toute la démarche des Exercices, c’est de choisir, en toute connaissance de cause et par une libre décision, ce que Dieu a choisi pour moi. Notre vrai désir, notre désir le plus profond, c’est celui de Dieu.

C’est la rencontre des deux volontés, des deux désirs, celle de l’homme et celle de Dieu qui, au final, conduit à ce que l’homme soit heureux. Le chemin est parfois long pour découvrir cela, et pour arriver à une décision.

La spiritualité ignatienne porte à l’engagement et au service, mais cela ne signifie pas qu’elle fonctionne comme un parcours initiatique qui ferait immanquablement trouver la bonne réponse au bout du chemin.

C’est d’abord la liberté de chacun qui est sollicitée, une liberté qui se découvre au feu de l’amour de Dieu, dans ce cœur à cœur avec Dieu. Le Seigneur m’invite à regarder son œuvre et à la rejoindre. Et moi, qu’est-ce que je décide ? Qu’est-ce que je fais de ma liberté ?

Ce qu’offre la spiritualité ignatienne, ce ne sont que quelques « outils », quelques critères de discernement, quelques moyens pour avancer vers une prise de décision.

A commencer par mettre des mots sur ce que la personne vit intérieurement, ces mouvements intérieurs de consolation et de désolation qui indiquent un chemin. Durant un temps de retraite, ces mouvements ressortent avec beaucoup plus de force, mais on les trouve aussi dans la vie courante. Nous faisons tous de pareilles expériences. Si passagères soient-elles, elles nous paraissent comme des signes de résurrection, de vie plus abondante, ou bien comme des épreuves de mort. Elles revêtent des formes diverses, sans qu’on puisse toujours en déterminer l’origine.

Jours de « déprime », tristesses indéfinissables, angoisses et peurs, dégoût de la vie qui peut aller même, comme l’a vécu Ignace au début de son chemin intérieur, jusqu’à la tentation du suicide. D’autres fois, la cause est repérable : douleur du corps ou souffrance du cœur, solitude insupportable, échec professionnel, familial, moral ou spirituel…

A l’inverse, la consolation sous ses diverses formes, peut aller de l’euphorie naturelle « la grande forme » comme on dit, les joies d’un environnement favorable, l’amitié, l’amour partagé, la réussite professionnelle, jusqu’au sentiment d’être comblé de l’amour de Dieu.

Tout cela fait bien partie de notre vie, de celle de nos contemporains, et il s’agit en étant attentif à tout cela de découvrir comment Dieu parle et agit dans notre existence pour pouvoir lui laisser davantage de place, toute la place, la seule qui remplisse totalement notre désir de vivre.

Ce discernement pour choisir ce qui nous conduit à plus de vie jour après jour n’est pas réservé à quelques grandes décisions, trois ou quatre fois dans notre vie. Il est possible de le mettre en œuvre jour après jour. La prière, l’accompagnement, la communauté chrétienne sont autant d’aide pour avancer sur ce chemin du discernement. « Discerner, c’est appeler à la lumière ce qui n’est pas encore visible » écrit le P. Remi de Maindreville, « C’est faire le tri dans les diverses aspirations et résistances que suscite en soi un choix à faire ou à tenir, pour se laisser conduire par ce qui nourrit davantage sa liberté, sa volonté, le sens profond de son action, en permettant de résoudre au mieux la difficulté. Et plus ce choix concerne, implique, engage la personne qui le fait – son avenir, sa réputation, sa responsabilité, ses convictions… - plus ce travail de discernement et de libération s’impose. (…) Il s’agit au fond de désirer et de vouloir vraiment la décision qu’on prend, qui peut être parfois coûteuse pour soi, ou risquée. C’est ce que dans la foi chrétienne, on a coutume d’appeler « faire la volonté de Dieu », ou « choisir dans le Christ, à la lumière de l’Evangile ».

D’après un exposé du P. François Boëdec sj,
rédacteur en chef de la revue « Croire Aujourd’hui »
(prochain article : « Unification et libération de tout l’être »)

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