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La conversation spirituelle

Rappel : dans ce qui est au cœur de l’expérience de St Ignace, sept repères semblent particulièrement adaptés à notre époque et aux attentes de nos contemporains :

1. L’importance du désir ; 2. La conversation spirituelle ; 3. Trouver Dieu en toutes choses ; 4. Voir, sentir, goûter ; 5. Un certain regard sur le monde ; 6. L’aide à la décision ; 7. Unification et libération de tout l’être.

(2) : « La conversation spirituelle »

Dans notre société très médiatisée on communique beaucoup ; mais, paradoxalement, est-on en relation avec les autres ?

La spiritualité ignatienne nous dit quelque chose sur la manière d’entrer en relation avec les autres.

La conversation spirituelle présente le très grand avantage d’être à la portée de tous et dans toutes les circonstances de la vie, quel que soit le lieu où je suis et le travail que je fais. Ce fut la manière propre à St Ignace d’ « aider les âmes ».

Que ce soit dans ses lettres ou dans ses nombreuses rencontres, Ignace écoute et il parle. Il écoute ce qu’on dit, et ce ne sont pas toujours des propos spirituels. Il part de ce qu’il a entendu, qu’il s’agisse de questions politiques, économiques ou familiales, de problèmes personnels ou collectifs, il discerne les débats des cœurs à travers leurs propos et, lorsqu’il prend la parole, c’est pour passer peu à peu à un autre niveau, celui du sens spirituel de ces réalités. Car la conversation spirituelle, ce n’est pas parler de choses spirituelles au sens de paroles pieuses, c’est pouvoir parler de tout, y compris de questions politiques ou économiques, mais de manière spirituelle, de telle sorte qu’on en tire un profit spirituel où apparaîtront les fruits de l’Esprit : la joie et la paix du cœur, la bienveillance et la réconciliation, l’amour du prochain.

C’est un art, cela ne s’improvise pas.

Cet art ne vise pas seulement l’accompagnement spirituel à proprement parler, qu’il soit dans le cadre d’une retraite ou de la vie courante, il vise toutes les conversations qui naissent des rencontres du quotidien. Dans tous les cas, le but est le même : s’aider mutuellement à vivre selon l’Esprit.

St Ignace ne nous laisse pas sans conseils pour ce genre de conversation. Il s’agit, alternativement, d’écouter et de parler. Ecouter pour entendre ce qui est en jeu des mouvements intérieurs de l’autre et dont il n’est peut-être pas toujours conscient. Et puis, après cette écoute active, parler. Parler pour tenter d’expliquer ce qui se passe. Mais aussi aider l’autre à prendre du recul par rapport au moment présent, et enfin la conversation peut elle déboucher sur une proposition d’action.

Cette conversation est bien adaptée aux besoins de notre époque. Le terme de communication est à la mode aujourd’hui. Notre société a développé les moyens de communication mais nous savons bien que la qualité de celle-ci ne dépend pas seulement ni même d’abord des moyens à sa disposition. On communique peut-être beaucoup mais on se parle peu ; besoin d’écoute et de parole sont frappants : les gens ont besoin de parler. Et la conversation peut très bien s’engager un peu au hasard, à partir des circonstances de la vie de chacun.

Cela signifie que l’on peut rejoindre l’autre au point où il en est de ses joies et de ses souffrances, de ses questions, de ses attentes, mais aussi avec ses absences de questions et d’attentes, au moins apparemment.

Cela nécessite vis-à-vis de l’autre un a priori favorable, un a priori de bienveillance. Comme dit St Ignace au n° 22 des Exercices : « Il faut présupposer que tout bon chrétien doit être plus prompt à sauver la proposition de l’autre plutôt que de la condamner ». Procédons-nous toujours de la sorte ? Et pourtant, cela peut changer la rencontre et permettre que quelque chose se passe. Il faut donc délicatesse et respect.

Communiquer, ce n’est pas écraser l’autre de notre parole. C’est permettre que l’autre accède à sa propre parole, qu’il puisse dire avec ses propres mots, comment il vit, comment il est touché, affecté par telle ou telle chose, comment peut-être il est concerné, chahuté par l’Evangile, et ce que cela change dans sa vie. Cela signifie que nous sommes prêts aussi à recevoir de lui ; et enfin que nous le faisons avec amour et liberté. Sinon, notre conversation sera fausse. Elle ne passera pas.

C’est dans ce genre de conversation que nous pouvons aussi faire passer un peu de ce qui apparaît aujourd’hui peut-être le plus indispensable à notre société : l’espérance. « Il me semble qu’une des premières tâches des chrétiens - et donc du christianisme - est d’aider l’homme à espérer, à croire en lui-même » souligne le P. Valadier dans Le christianisme a-t-il un avenir ? (Ed. St Augustin, 2000), et plus loin : « Avant de nous donner des préceptes, des consignes, des références morales, le christianisme nous dit d’abord – parce que c’est une religion d’alliance - : ‘Tu es aimé de Dieu, tu as une importance majeure à ses yeux ; tu dois donc pouvoir te tenir debout sur tes pieds’ ».

Ce service de l’espérance, c’est quelque chose qui peut se vivre, très simplement, dans la conversation spirituelle. Et l’on peut, par là, aider beaucoup.

D’après un exposé du P. François Boëdec sj,
rédacteur en chef de la revue « Croire Aujourd’hui »
(prochain article : « Trouver Dieu en toutes choses »)

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