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De l’importance du désir

Dans ce qui est au cœur de l’expérience de St Ignace, sept repères semblent particulièrement adaptés à notre époque et aux attentes de nos contemporains :

1. L’importance du désir ; 2. La conversation spirituelle ; 3. Trouver Dieu en toutes choses ; 4. Voir, sentir, goûter ; 5. Un certain regard sur le monde ; 6. L’aide à la décision ; 7. Unification et libération de tout l’être.

(1) : « De l’importance du désir »

L’homme, tout homme, a des désirs. Plus radicalement il est désir. Le désir est la manifestation même du mouvement de la vie. Tant que l’homme n’est pas parvenu au terme, il est en mouvement, et ce qui le meut c’est le désir. Désir de vivre, de survivre, de se surpasser, de créer, de réussir… Il se fixe des objectifs mais une fois qu’ils sont atteints, il ne peut demeurer en repos.

On peut dire que la première expérience spirituelle d’Ignace a été la mise à jour de ce désir fondamental. Il n’est donc pas étonnant de trouver ce mot à de nombreuses reprises dans les Exercices et dans les Constitutions de la Compagnie. C’est le premier mot du « Récit du pèlerin » dans lequel saint Ignace raconte comment le Seigneur l’a conduit : au commencement de son cheminement, il avait « un grand et vain désir de gagner de l’honneur » (R. 1). Nous sommes donc bien loin apparemment du désir de Dieu.

Ignace est un homme de désir, et en cela il est aussi un homme de notre époque.

Nous connaissons l’histoire : convalescent, Ignace rêvait d’exploits pour le service d’une dame de sang royal. En même temps, il lisait des livres racontant la vie du Christ et la vie des saints. Et peu à peu, les histoires qu’il lisait sont venues rejoindre son désir de se surpasser : « Et si je faisais comme St François ou St Dominique ? » (R. 7). Au signe de la joie qui l’habitait lorsqu’il projetait d’imiter les saints, il reconnut finalement quelque chose de son désir fondamental et, une fois achevée sa guérison, il quitta sa famille, ses biens, son vêtement pour prendre la route du pèlerin.

Faire droit au désir des hommes et des femmes, le prendre en compte est extrêmement adapté à notre monde d’aujourd’hui, où précisément les désirs sont souvent confus, contradictoires, exacerbés, à force d’être de plus en plus sollicités. Et il n’est pas très simple de savoir ce que l’on désire vraiment.

Mais ce que traduit la multiplicité des désirs de l’homme, n’est-ce pas finalement le désir de Dieu ?

C’est le P. François Varillon qui dit : « La seule chose qui intéresse Dieu dans nos vies, ce sont nos désirs ». C’est vrai que les choses ne sont pas faciles pour faire émerger le désir de Dieu, le vrai désir de vie ; désir de vie qui va se décliner, se manifester, s’inscrire dans un certain nombre de réalités. Il faut du temps pour cela. L’une des choses qui frappe depuis quelques années, notamment dans des retraites, c’est de rencontrer des personnes qui, apparemment, n’ont pas de désir, ou en tous cas n’arrivent plus à l’exprimer, à le formuler. Et il faut du temps, pour désensabler la source, pour permettre que ce désir puisse de nouveau se dire, et à partir de là commencer un chemin.

Dans cette prise en compte du désir de la personne, nous comprenons l’insistance d’Ignace pour rejoindre la personne au point où elle en est. Il ne s’agit pas de forcer l’allure, il ne s’agit pas de vouloir que l’autre soit plus avancé. Il ne s’agit pas de vouloir imposer un discours religieux clé en main qui est peut-être bien huilé, rassurant extérieurement, mais qui risque d’être en décalage par rapport à ce que peut vivre la personne, parfois même être un fardeau.

Ignace nous invite au contraire à avoir un profond respect de la personne, de son histoire, de son chemin propre. Dans toutes relations humaines, encore plus quand se vivent des expériences spirituelles, et quand il y a un désir d’annonce de l’évangile, il est important de ne jamais perdre de vue cette manière de faire très évangélique de recevoir, d’accueillir l’autre, tel qu’il est, au point où il en est de son histoire, de ses questions, de ses préoccupations, de ses décisions. Il ne s’agit pas de projeter sur lui notre propre désir de Dieu, si beau soit-il, mais de lui permettre de découvrir le sien, à son rythme, avec ses mots à lui, avec ses étapes, dans ce qui se laissera découvrir à travers la relation unique à Dieu.

Cela s’expérimente par exemple dans la prière, dans la demande de grâces. Il ne s’agit pas d’exprimer une demande de grâces qui soit étrangère à la situation réelle et concrète, avec des considérations spirituelles certes très belles mais qui seraient, en fait, sans lien avec la réalité de la personne. Il s’agit que la demande de grâces prenne en compte la situation dans laquelle se trouve cette personne pour que Dieu l’ouvre à autre chose. D’étapes en étapes, à travers une vie de prière, Dieu déplacera peut-être la demande de grâces pour affiner celle-ci. Dieu va peu à peu révéler à la personne ce qu’elle doit demander, ce qui est son vrai désir qu’elle ne percevait peut-être pas au début.

On retrouve cela de manière claire dans la seconde annotation du début des Exercices où St Ignace invite celui qui donne les Exercices à ne pas « en faire trop » ; précisément pour permettre à l’autre de faire son chemin à lui : « si celui qui contemple part d’un fondement historique vrai, s’il avance et réfléchit par lui-même et s’il trouve de quoi expliquer ou sentir un peu mieux l’histoire, soit par sa réflexion propre, soit parce que son intelligence est illuminée par la grâce divine, il trouve plus de goût et de fruit spirituel que si le directeur avait abondamment expliqué et développé le contenu de l’histoire ». Il s’agit donc, comme il le dira plus loin (Quinzième annotation), de laisser « le Créateur agir sans intermédiaire avec la créature, et la créature avec son Créateur et Seigneur ». Cette manière de faire est particulièrement adaptée et nécessaire pour notre époque où il peut toujours y avoir la double tentation, soit de rien oser dire de l’amour de Dieu, soit de vouloir faire venir à tout prix l’autre à nos idées et par nos chemins.

Pour que l’annonce de la Bonne nouvelle soit entendue, reçue, pour qu’elle s’enracine véritablement dans le cœur de l’autre, elle doit s’inscrire dans le processus de croissance, d’étapes et de progrès de toute vie humaine.

D’après un exposé du P. François Boëdec sj,
rédacteur en chef de la revue « Croire Aujourd’hui »

(prochain article : « La conversation spirituelle »)

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