Prière contemplative à partir d’une page de roman.
Saint Ignace nous invite à contempler Dieu « en toute chose ». Nous allons aujourd’hui le contempler dans une scène tirée d’une nouvelle d’E.E.Schmit, « C’est un beau jour de pluie », elle-même venant de son recueil « Odette Toutlemonde ».
La scène a lieu quelques années après la mort d’Antoine, le mari d’Hélène. Celle-ci a toujours eu un regard terriblement maussade sur le monde et ses habitants, contrairement à Antoine, éternel optimiste, même lorsqu’il pleut ! Enfermée dans une forteresse de silence, elle garde en elle quantité de pensées critiques.
« Quelques années s’écoulèrent. En apparence, Hélène vieillissait bien. Elle prenait soin de son corps ainsi qu’on nettoie une collection de figurines en porcelaine dans une vitrine. Quand elle se surprenait au miroir, elle apercevait un objet de musée, la mère digne, triste et bien conservée qu’on sort de temps en temps pour une réunion de famille, un mariage, un baptême, ces cérémonies bruyantes, bavardes, voire inquisitoriales, qui lui coûtaient. Pour le silence, elle n’avait pas relâché sa vigilance. Elle ne pensait rien, n’exprimait rien. Jamais. Un jour, malgré elle, elle fut traversée par une idée. Si je voyageais ? Antoine adorait voyager. Ou plutôt, Antoine n’avait qu’un désir en dehors du travail, celui de voyager. Puisqu’il n’a pas eu le temps de réaliser son rêve, je pourrais l’accomplir à sa place… Elle s’aveugla sur sa motivation : pas une seconde elle n’y soupçonna un retour à la vie ni un acte amoureux. Si elle avait conçu qu’elle allait, en préparant ses bagages, tenter de retrouver le regard bienveillant d’Antoine sur l’univers, elle se serait interdit de continuer. »
A présent, laissons-nous guider, et restons là où Dieu vous attend.
Je vois Hélène face au miroir. Fait-il clair dans la pièce ? Ou sombre ? Comment est le miroir ? Que dégage le visage d’Hélène ? Hélène se souvient d’une réunion de famille. Je la vois parmi d’autres convives. Quelle est l’ambiance ? Hélène parle-t-elle à quelqu’un ? Quelle est son expression ? Comment est sa voix ? Ou son silence ?
Un jour, à l’improviste, une idée de voyage survient ; c’était le désir d’Antoine ! Hélène décide de se l’approprier. Je la vois, animée par une nouvelle motivation, préparer ses bagages. Quelle est son attitude ? Que reflète son visage ? Comment sont ses gestes ?
Et moi, où suis-je Quels sentiments m’habitent ?
J’invite à présent Dieu à contempler cette scène avec moi. Je prends conscience de sa présence. Où est-Il ? Quelle est son attitude ? Dit-Il quelque chose ? Comment est sa voix ? Est-ce que j’aperçois son regard ? Ou, si je ne l’aperçois pas, voudrais-je l’inviter à me regarder ? Comment est-Il ? Suis-je prêt à le recevoir ? Quels sont mes sentiments ? Ai-je envie de lui parler ?
Poursuivons notre contemplation en continuant notre dialogue ou en revenant au moment qui nous a le plus touché.
Pouvons-nous, dans les jours qui viennent, être attentifs à sa présence au travers de nos lectures, réalité ou fiction, afin de percevoir ce qu’il aimerait nous dire ?




