- Entre l’écume et l’éternité,
- il faut choisir.
- Entre la voracité et l’amitié,
- il faut choisir.
- Attention ! Il ne s’agit pas
- d’un choix radical et définitif
- mais plutôt d’une direction.
- De quel côté pencherons-nous ?
- Le retour sur soi-même
- ne disparaît jamais.
- On n’arrive jamais, ici-bas,
- au bout de l’amour.
- Encore et encore, il faut le choisir à nouveau.
- Qu’importe !
- Une fois que l’on a goûté à la libération
- du moindre mouvement d’amour,
- la route n’est plus si pénible…
- Une fois soulevée par les ailes du cœur,
- notre faiblesse n’est plus si lourde à porter.
- Qu’est-ce que tout ce fatras,
- au regard de l’éternité ?
- Toutes nos misères ne sont rien au regard
- de la valeur authentique de nos existences :
- le mystère de l’amour. »
Extrait de Vivre, à quoi ça sert ?
" Je préfère, ici, parler d’amitié plutôt que d’amour. L’amitié, comme la définit Aristote, est en effet le fruit de l’action désintéressée. Aimer d’amitié, c’est vouloir et agir dans l’intérêt de l’autre et non pour soi. L’amitié est ainsi ce qui, dans l’amour, dépasse la voracité. Nous sommes charnels, ça nous colle à la peau. Il y a en nous un désir de tout bouffer, de tout consommer, de s’approprier toutes les choses de la matière comme de l’esprit et tous les êtres. Je l’ai dit : la relation pure, l’acte d’amour pur, cela n’existe pas. Dans nos actes et dans nos relations, il y a toujours une part d’intérêt et de possessivité.
Mais, dans nos actes et nos relations, réside aussi une part de gratuité. Dans cette marche vers l’autre, dans l’amitié authentique, se dévoile le mystère de ce qui ne passe pas, le mystère de notre propre éternité…
… Dans nos vies humaines, l’amour de Dieu prend corps. Tous les petits actes d’amitié vécue sont autant de minuscules joyaux. Comme le diamant, ils ont été forgés au feu de l’épreuve et du dépouillement. Comme le diamant, ils sont indestructibles. Ainsi, au moment où nous quitterons cette terre, une partie de nous-mêmes disparaîtra, mais cette multitude de joyaux aura façonné notre figure d’éternité. Certaines personnes ont déjà quelque chose de ce visage d’éternité. Leur regard est un reflet d’amour. Leur attention se porte naturellement vers ceux qu’elles rencontrent. Dans ce mouvement hors d’elles-mêmes, habituellement vécu et répété, elles sortent de leur néant et de leur finitude. Ces gens-là sont des témoins de l’éternité. En les rencontrant, nous sentons que ce qui est véritablement humain en nous ne peut pas mourir. Je garde, quant à moi, une immense reconnaissance pour tous ceux qui, depuis la disparition de mon père, m’ont appris que l’amour est plus fort que la mort et porte en lui une semence d’éternité. "


