Centre Spirituel Ignatien La Pairelle
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Père Marc depuis Caylar

Bien chers tous,

Je pense vous avoir laissés à Largentière, en Ardèche, où mon neveu Vincent m’a déposé après un week-end passé chez lui et sa famille à Crest, dans la Drôme.
Suite du feuilleton …

L’idée m’était venue de revoir quelqu’un que j’avais bien connu à La Viale. Je n’avais que son nom et une adresse assez vague, à Les Vans. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.
Après 3 heures de recherche, sous un soleil pétant (une dame arrête sa voiture pour me dire : « Mais vous êtes fou de marcher par un temps pareil ! » - [In petto : « Oui, Madame, c’est dans mon contrat. »]), je me décide à entrer dans une maison perdue dans un bled : « Par hasard, vous connaissez Mr G.F. ? » - « Oui, c’est un grand ami, je lui téléphone tout de suite ! » Etc… Retrouvailles ; logis dans une maison chargée d’histoire ; on va arroser le verger le soir même ; puis, échange en profondeur à trois ; le lendemain, une Eucharistie où l’on découvre avec stupéfaction que l’archange Raphaël et le prophète Osée étaient faits pour se rencontrer … (Comprenne qui peut !). Bref, il y a de ces rencontres qui ont l’air d’être programmées de toute éternité, où l’on se dit : « Je SENTAIS qu’il me fallait aller là ; maintenant je SAIS pourquoi. » Action de grâces.

Lundi 5/7. Il y a tout juste 4 semaines que la route m’a emporté. Là, aujourd’hui, c’est l’interminable montée (une parmi d’autres, qui vont suivre) dans un univers archi-sec, rythmée par la rengaine grinçante des cigales. Sans le vouloir, je n’ai pas choisi l’itinéraire le plus facile ; ce n’est d’ailleurs pas la première fois, et il y en aura d’autres, et aussi de bonnes occasions de me tromper de chemin - ça aussi, cela fait partie du contrat : bien patauger, c’est une incontournable dimension de la vie spirituelle, et on n’en finit pas de l’apprendre.
En fin d’après-midi, j’arrive dans un hameau de résidences secondaires, le Mas l’Herm. Visages de marbre : « Vous n’avez qu’à aller au camping ! » (Et je suis poli). Je décide d’aller au village suivant, tant pis pour mes pattes. Je m’arrête pour boire un coup. Une voiture s’arrête aussi, la conductrice me dit : « Monsieur, j’étais avec ces gens, là, quand vous avez demandé à loger ; venez chez nous. » (« Et quand tout semble fini, un rossignol se met à chanter », dixit Victor Hugo)
Retour au hameau. Elle, Sylvette, est protestante ; lui, Richard, est anglais et Quaker. Il est justement en train de préparer une conférence pour son Eglise, qui doit avoir lieu à Strasbourg, sur le discernement. « Well, do you know Esdac ? » - « What is it ? » Bon, vous avez compris : internet, le site Esdac, la binette de Franck, etc … A Strasbourg, il va sûrement leur en mettre plein la vue.

C’est pas fini. Le lendemain matin, (mardi 6 juillet) Richard me conduit au petit monastère de Peyremale, où deux religieuses ermites chantent un office très dépouillé à 8 h. NB : c’est une filiale d’Eygalières.
A la sortie, je leur dit au revoir. L’une d’elles nous court après : « Tu n’es pas Marc ? » - « Oui, et toi ? » - « Geneviève, de La Viale, mais maintenant je suis Soeur Anne ici depuis 13 ans. » Ok ?

En fin d’après-midi, je me pose la question qui me trotte en tête depuis quelques jours : « Dois-je m’arrêter chez Marguerite ou non ? », ceci après avoir cheminé par de petites routes aussi sèches que l’avant-veille.

A Portes, question : direction La Grand’Combe ? Réponse : « Oui, j’y vais. » Là, je téléphone à Marguerite, qui me dit : « Bouge pas, j’arrive. » Elle m’attrape, accompagnée de Maurice, un de ses trois frères prêtres, tous trois gardois/malgaches. Il faut savoir que Marguerite a, depuis 88 ans, une vocation de pilote de course (elle passe rarement en-dessous de la vitesse indiquée par son âge, même au coeur d’Alès), et la rapidité de son débit oratoire est à la hauteur des deux éléments précédents.
Bref, une bonne soirée à raconter des souvenirs de La Viale, où on s’est rencontré, une bonne nuit et, le matin, après la messe avec Maurice et elle, elle décide de m’expédier à Anduze. Je n’en demandais pas tant mais … ce que femme veut …

Donc, mercredi 7 juillet. Route un peu bêbête et sèche. Mais n’est-ce pas une invitation, quotidiennement adressée à mes pattes, de permettre à chaque pas d’aller à la rencontre d’un visage ? Les vôtres, par exemple, plus tous ceux qui me sont confiés en cours de route. Combien de fois n’ai-je pas entendu : « Vous prierez bien pour untel, pour unetelle, qui et que …, n’est-ce pas ? » Vraiment, sur la route, et quand il n’y a apparemment plus de route, il y a, plus que jamais, de quoi s’occuper.

Le soir, St-Hippolyte du Fort. J’ai le choix entre deux temples (on est au pays des Camisards) : le plus grand de France après celui d’Anduze, ou le petit. Dans celui-ci, « Ok c’est bon : on vous ouvre la salle de notre Eglise, mais allez d’abord voir chez le prêtre catholique, qui est mieux équipé que nous ; si ça ne va pas, revenez. » Le prêtre n’étant pas là, je vais donc dormir sous un toit Réformé. Oecuménisme ?

Jeudi 8 juillet. La fatigue se fait sentir : la chaleur est là. Ne pas attendre d’avoir soif pour boire surtout. Devenir chameau. A la sortie de Ganges, je m’engage sur la route qui longera, demain encore, la superbe Vis, càd la rivière la moins polluée d’Europe paraît-il, surgie des profondeurs rocheuses des contreforts du Larzac ; eau transparente et pure, on en boirait. Peu avant Gorniès, une voiture s’arrête : « Vous voulez que je vous dépose plus loin ? » Petite palabre pour la forme puis, fidèle à mes principes, je dis oui. Mais quelle guimbarde ! Quel est donc le saint qui la fait tenir ensemble ? Saint Brol ? Christophe (dont le patron est celui des conducteurs, maintenant j’ai compris pourquoi) me dépose à Gorniès : « Tu sais, le maire, c’est un copain, il est pasteur de l’Armée du Salut, il va te trouver un logement. Si ça ne va pas, voilà mon n°. »

Mr le maire m’envoie dormir dans un w-c, à côté du pot. Là, je me dis : Non, j’ai quand même un minimum de dignité, ça ne va pas ! Donc … Christophe vient me rechercher le soir, après avoir été rouvrir des sentiers enfouis pas des siècles d’histoire (c’est sa passion), et me conduit par un invraisemblable chemin de montagne plein de cailloux, aux lacets surplombant le ravin, jusqu’à sa « maison », un vrai nid d’aigle, occupé principalement par 14 chats.
Mais quelle culture intellectuelle, le Christophe ! J’en suis baba. On est sur la même longueur d’onde sur plus d’un point.

Vendredi 9 juillet.Le lendemain, je m’accroche pour la descente, non sans avoir encore admiré les montagnes cévenoles environnantes. Il me dépose à Gorniès : je m’apprête à grimper les longs lacets qui mènent à St-Maurice Navacelles (Non, je ne suis pas allé au cirque !). Au premier lacet, devinez qui s’arrête : Christophe. « Tu ne vas quand même pas monter tout ça ! » Bref, il s’arrête en plusieurs endroits pour me faire admirer « son » domaine de défricheur.
A St-Maurice, on se prend un petit blanc et puis en route : "Si tu vas aux Besses, arrête-toi chez Michel, c’est un copain.« Effectivement, après m’être trompé de chemin (une fois de plus), j’arrive chez Michel, agriculteur au regard droit comme un i, qui m’indique sa remise. Traduction : il me met sur la paille (sic), ce qui est finalement le support, sous mousse, le meilleur pour de vieux os. »Té, tu pren’dras bien le café avé nous demain mating, hè ?"

Samedi 10 juillet. Cette nuit, il est tombé quatre gouttes, de quoi rendre la marche du matin d’autant plus agréable qu’elle se passe sur des mini départementales où par hasard une voiture se montre toutes les 2 heures. J’entre au Caylar, c’est un jour de brocante. J’avise l’épicerie pour faire quelques achats. J’avise surtout un homme qui, manifestement, m’avise aussi. A l’entrée de l’épicerie : « Vous venez d’où ? Vous allez où ? » Etc… Puis : « Vous venez déjeuner chez nous ? » Bon, vous avez compris : de déjeuner en invitation à loger là, et à me permettre d’utiliser internet (en voici le résultat !), il n’y a qu’un pas. Famille sympa, 4 grands enfants : manifestement, on ne s’embête pas ; quelle animation !

M’étant aperçu que mon fameux « trait de crayon » sur les cartes Michelin passait juste à côté de la communauté de l’Arche de Lanza des Vasto, à la Borie-Noble, je fais le projet de m’y rendre ce dimanche soir, … où me rejoindront Vincent et Elisabeth, qui souhaitent marcher quelques jours avec moi. Ils ont d’ailleurs déjà pris contact avec la communauté.

Si vous voulez des conseils hautement spirituels et certains constats qui élèvent l’âme, en voici l’un ou l’autre. P.ex. Si, comme c’est mon cas, vous raffolez du Comté, surtout n’en achetez pas par des chaleurs comme celles-ci, vous ne récolterez que de l’huile au déballage ! Prenez plutôt un Camembert le plus jeune possible : après une journée, vous constaterez qu’il a atteint le degré optimal de vieillissement.

La région ici, le Larzac, est le royaume des papillons : superbe échantillonnage. Quand je m’arrête pour souffler un peu, ils viennent se poser sur moi par dizaines ; est-ce qu’ils me prendraient pour une fleur par hasard ?

Quant au « reste », qu’il convient de lire entre les lignes, vous devinerez que l’aventure vaut la peine d’être vécue. Si ce n’est pas évident, appelez au secours.

A tous/toutes, je dis quelque chose de plus que mes salutations distinguées, Et à la prochaine !

Marc

PS : La barbe ? Elle pousse bien, merci : je l’arrose tous les jours.



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