- Nous avons vécu aujourd’hui un long temps de prière, d’abord guidé, puis de façon plus personnelle, et ensuite partagé. L’imagination nous a permis d’entrer dans cette scène, d’y participer, mais aussi de nous laisser affecter et toucher par ce que nous avons contemplé. Dieu a pu alors nous rejoindre dans le concret de notre vie. Comment s’est-il montré à nous ? Qu’avons-nous perçu de Lui ?
Dieu s’est servi de nos facultés humaines, de notre raison, mais aussi de notre imagination, pour se révéler à nous.
1. Ces images sont subjectives
- Des images nous ont peut-être aidés : images précises ou plus générales, peut-être même une simple perception : présence, lumière, chaleur… : ces « images » ont forcément quelque chose de subjectif. Nous en faisons souvent l’expérience dans la contemplation en groupe : nous avons tous contemplé la même scène biblique, mais chacun y a perçu la présence de Dieu avec lui d’une manière unique.
- Il y a une part de projection dans nos images de Dieu : Dieu s’adresse à chacun dans sa culture, dans un langage qu’il peut comprendre. Regardez Marie, par exemple. Bernadette Soubirous l’a vue comme une jeune demoiselle au teint clair, vêtue de blanc, une rose jaune sur chaque pied. Combien de chances y a-t-il que Myriam, la maman de Jésus ait réellement ressemblé à ce portrait ? Par ailleurs, Notre-Dame de Guadalupe, au Mexique, a le teint hâlé, les cheveux foncés et est richement vêtue… De même nos images de Dieu : chacun de nous construit ses images de Dieu, de Jésus, à partir de sa propre expérience de prière, de sa personnalité, de son histoire personnelle. Dieu rejoint chacun de manière unique, là où il en est.
2. Ces images sont bonnes
- Dans l’Ancien Testament, il était interdit de faire des images sculptées pour représenter Dieu (Dt 4, 8), mais la Bible utilise un grand nombre d’« images » pour exprimer l’expérience que les croyants ont faite de Dieu : par exemple le berger qui prend soin de ses brebis, le rocher sur lequel on peut s’appuyer, l’aigle qui prend sous son aile…
- Dans le Cantique des Cantiques, le chant de la Sulamite et de son ami débordent de métaphores, tant les mots manquent pour parler de l’autre, qui demeure un mystère . Mais sans ces images, comment parler de l’autre, parler à l’autre ? Lui : 9 O mon amie, je te trouve pareille aux chevaux d’attelage du pharaon. 10 Tes joues sont belles entre les perles, ton cou est beau dans tes colliers, Elle : 13 Car mon bien-aimé est pour moi comme un sachet de myrrhe 14 Oui, mon bien-aimé est pour moi un bouquet de henné des vignes d’Eyn-Guédi. »
- A fortiori pour parler de Dieu : Notre condition humaine nous empêche de voir Dieu tel qu’il est. Nous n’échapperons jamais complètement à la projection de ces images tant que nous ne verrons pas Dieu face à face.
3. Mais elles sont à vivre dans la distance.
La Sulamite du Cantique et son ami refusent la fusion. Nul n’enferme l’autre : Lui : « Lève-toi, ma mie, ma belle, va-t’en car voici l’hiver passé… » (Ct 2,10-11) Et Elle : « Echappe-toi, mon aimé, sois semblable à une gazelle… » (Ct 8,14) De même ne met-on pas la main sur Dieu. Pas plus par les mots que par les images, qu’aucune ne pourra jamais cerner. Dieu est plus grand que son image, toujours au-delà de tout ce que l’on peut dire de Lui. Cette distance n’a-t-elle pas d’ailleurs ses avantages ? Sans la distance, sans l’absence même, que deviendraient le désir, la liberté dans l’amour ?
4. Les images sont dynamiques
Respecter ce mystère irréductible de Dieu, c’est aussi paradoxalement lui permettre de se dire, de dévoiler peu à peu ses mille et une facettes. En ne le figeant pas, nous lui permettons de nous surprendre. C’est ainsi que Dieu peut être perçu comme « Le Très-Haut »… mais aussi comme « Le Très-Bas », qu’il est à la fois le Berger et l’agneau, Tout-Puissant et suppliant, celui qui conduit sur les verts pâturages, mais aussi au désert… C’est pour cela aussi que l’Esprit seul peut être tout à la fois l’eau et l’huile, l’huile et le feu…
- Aussi faut-il savoir lâcher une image, même si elle nous a apporté beaucoup de joie : Dieu veut peut-être se révéler aujourd’hui d’une manière nouvelle. Notre perception de Dieu en sera alors renouvelée, enrichie, ajustée.
- L’image en soi n’a donc pas vraiment d’importance. Elle est au service de la relation à Dieu. Une fois que je suis en relation avec lui, je peux m’en détacher.
- Nos images de Dieu peuvent facilement devenir des idoles. Il est bon qu’elles soient brisées de temps en temps.
5. Comment éviter le piège du pur imaginaire ?
• Tout d’abord en confrontant sans arrêt nos images à l’objectivité de la Parole de Dieu.
- L’image authentique de Dieu nous est donnée en Jésus. C’est en contemplant longuement Jésus dans l’Evangile que petit à petit nos fausses images de Dieu peuvent être corrigées, purifiées. Celles-ci nous viennent parfois de très loin, parfois de notre enfance. Si par exemple nous avions une image d’un Dieu juge, qui nous surveille, qui guette nos fautes pour nous punir, cette image-là nous empêche de rencontrer le vrai Dieu ; et cette image-là va pouvoir être « évangélisée », ajustée, purifiée en nous laissant imprégner par la contemplation de Jésus dans l’Evangile qui pardonne sans condition, qui ne condamne pas ceux qui viennent vers lui.
• Les règles de discernement d’Ignace sont aussi très précieuses, qui nous invitent à tenir compte des effets que ces images ont sur nous.
- Si une image de Dieu nous rapproche de lui, nous met en mouvement vers lui, nous aide à vivre une relation familière avec lui, c’est un indice qu’elle vient de Dieu qui désire cette proximité, cette familiarité. Si elle nous donne une paix intérieure, nous met dans la confiance, entretient l’amour, respecte notre liberté, donne une joie…. → signe que cela vient de Dieu.
- Par contre, si une image de Dieu nous éloigne de lui, nous replie sur nous-mêmes, nous contraint, nous embrouille, nous décourage, nous inquiète, nous met dans la peur ou la méfiance…. C’est le signe que cette image-là ne vient probablement pas de Dieu, ou en tout cas qu’elle est à laisser s’ « évangéliser », s’ajuster par ce que nous pouvons contempler de Jésus et du Père dans l’Evangile.
• Enfin, il est souvent bon aussi, pour éviter le piège du pur imaginaire, de soumettre notre expérience de Dieu au regard d’un tiers – accompagnateur spirituel, groupe de partage…
C.G. EPC novembre 2009



