Nous avons contemplé aujourd’hui un moment de notre journée, celui de notre rencontre avec l’actualité. Sans doute écoutons-nous souvent les nouvelles du jour, d’une manière ou d’une autre : par le journal sur papier, la radio, la télévision ou l’ordinateur. Pourtant, aujourd’hui, nous l’avons fait d’une manière plus particulière : en essayant d’y percevoir la présence de Dieu. Où était Dieu dans tous ces événements ? Que me dit-il à travers eux ?, Attend-il de moi quelque chose de particulier ?
1. L’expérience est une rencontre.
Ce temps de rencontre, c’est une expérience. En fait, toute expérience est une rencontre : une rencontre entre moi, avec tout ce que je suis, et autre chose : cela peut être une autre personne, mais aussi la nature, l’art, ou un événement, de ma vie ou du monde…
Cette rencontre est toujours personnelle, subjective, unique.
Vous connaissez tous sans doute cette histoire indienne :
Quatre aveugles s’assemblèrent un jour pour examiner un éléphant. Le premier toucha la jambe de l’animal et dit : « L’éléphant est comme un pilier. » Le second palpa la trompe et dit : « L’éléphant est comme une massue. » Le troisième aveugle tâta le ventre et déclara : « L’éléphant est comme une grosse jarre. » Le quatrième enfin, fit bouger une oreille de l’animal et dit à son tour : « L’éléphant est comme un grand éventail. » Et ils se mirent à se disputer sur ce sujet.
Je ne pars pas de rien, je construis le sens de ce que je rencontre à partir de mon vécu.
2. Les dimensions de l’expérience.
Qu’est-ce qui peut influencer ma perception ? Prenons un exemple : un ami voudrait mon avis sur la nouvelle toile qu’il vient de peindre et me la dévoile : cette expérience aura de multiples dimensions :
• Une dimension physiologique : en fonction de mon état de fatigue ou d’attention, je percevrai cette œuvre différemment. • Une dimension psychique : quels sentiments cette œuvre réveille-t-elle en moi ? • Une dimension sociologique : en fonction du milieu où j’ai grandi, j’y percevrai des choses très différentes • Une dimension culturelle : si je viens d’un pays où cette façon de peindre est inconnue, je l’appréhenderai aussi d’une autre manière que si elle m’est culturellement familière. • Une dimension économique : je ne verrai pas l’œuvre du même regard si je suis simple amateur, ou si je suis le sponsor du peintre.
Nous sommes loin d’être toujours conscients de ces différentes dimensions, de ces différentes couches de notre expérience, mais elles sont toujours présentes et nous influencent.
3. La dimension religieuse de l’expérience.
On peut alors se demander : y a-t-il aussi une dimension religieuse de l’expérience ? Pour le croyant, chaque expérience peut en effet avoir une dimension religieuse parce que nous croyons que Dieu est non seulement TRANSCENDANT, mais aussi IMMANENT, qu’il est présent et actif dans le monde créé par lui, et qu’il continue de le créer et de l’habiter avec nous.
Jésus nous l’a promis : « Je ne vous laisserai pas orphelins. Je viendrai vers vous. » (Jn 14:18). Et après sa résurrection : « Et moi, je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin du monde. » (Derniers mots de l’Evangile de Mt - 28, 20). Aujourd’hui encore, il nous cherche avec tendresse et désire nous rencontrer.
Parce que je crois en Dieu, je peux le reconnaître présent à mes côtés, je peux entrer en relation avec lui, agir avec lui. Par exemple, dans la toile de mon ami peintre, je peux percevoir un élan, une force, une beauté qui me semble ouvrir à quelque chose qui me dépasse, qui me dit quelque chose de Dieu. Vivre cette expérience de façon de plus en plus consciente va renforcer ma foi, qui s’enrichira alors au fil des années.
Cette dimension religieuse de l’expérience sera elle aussi unique : nous l’avons vu dans la contemplation en groupes : Dieu se révèle à nous de façon parfois très différente d’une personne à l’autre. Et contempler cette diversité pourra aussi enrichir notre propre expérience : qu’est-ce qui me rejoint dans l’expérience de l’autre ?
4. Comment en prendre conscience ?
Tout d’abord par la prière contemplative, telle que la propose St Ignace : en nous y engageant tout entiers, avec notre corps, notre intelligence, notre affectivité et notre volonté, elle nous invite à accueillir cette présence, et à lui donner une place dans notre vie.
Mais Dieu se révèle au travers de médiations très diverses : sa Parole bien sûr, l’Eucharistie et chacun des sacrements, mais aussi toute expérience. Chacune de nos expériences peut révéler Dieu : un moment de joie ou une lourde souffrance, une rencontre désirée comme un événement fortuit. Les disciples d’Emmaüs, par exemple, l’ont rencontré en chemin, au cÅ“ur de leur désespoir. Mais ils ne l’ont pas reconnu tout de suite : ils ont d’abord senti leur cÅ“ur brûler. L’expérience de Dieu est première. Ce qui leur a permis de prendre conscience de la présence de Jésus, c’est la relecture de leur vécu : « Ils se dirent l’un à l’autre : notre cÅ“ur ne brûlait-il pas en nous… » (Lc 24,32).
De même pour nous : une expérience ne révèle bien souvent sa dimension religieuse que dans la relecture de celle-ci. Par exemple, lorsque nous avons « relu », dans la prière et le partage, un réveil au matin, il y a un mois, ou l’actualité de cette semaine… nous avons pu y percevoir la présence de Dieu, alors qu’au moment de l’expérience elle-même, elle nous avait peut-être échappé. N’hésitons donc jamais à relire ainsi notre vie : Dieu s’y révèle souvent de façon surprenante… C’est en tout cas une grâce à demander.
L’accompagnement enfin peut aussi nous aider à devenir conscients de cette présence de Dieu dans notre vie, en nous aidant à faire cette relecture. Ce temps d’accompagnement devient alors un temps privilégié pour goûter la dimension religieuse de notre existence, terre sainte par excellence.
5. Devenus conscients de la présence de Dieu, nous pouvons alors le trouver en tout temps, en tout lieu, en toute chose.
La frontière entre le « naturel » et le « surnaturel » s’estompe et notre vie se développe en une familiarité toujours plus grande avec Dieu, « en un continuel dialogue intérieur dans lequel l’âme interroge Dieu sur le sens d’un événement, d’une action, qu’il perçoit toujours traversés d’initiatives dont elle n’est pas maîtresse. Adhésion, indéfiniment renouvelée par l’amour, aux événements d’une histoire qui trouve en Dieu seul son origine, son milieu et sa fin »
C.G. EPC novembre 2008



