Centre Spirituel Ignatien La Pairelle
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Homélie du 19 décembre

Homélie du 4e dimanche de l’Avent A : dimanche de Saint Joseph. Isaïe 7, 10-16 ; Psaume 23 ; Matthieu 1, 18-24.

Evangile délicat ! Je préfère m’inspirer de cette homélie d’une épouse et mère de famille, passée à la Messe Radio (Jocelyne FERONT, le 20 décembre 1992, à St-Martin, Marcinelle), que j’assaisonnerai d’autres réflexions !

Dans l’Eglise d’Orient, sur les icônes de la Nativité, Marie et Joseph ne sont pas à genoux, en adoration devant l’enfant qui vient de naître, comme dans nos crèches. Sur l’icône, Marie, jeune accouchée, est allongée et tourne le dos à son enfant. Son visage est douloureux, comme sur l’icône de la Mère de Dieu de Vladimir, comme si elle pressentait déjà le destin du Fils de l’Homme, et son regard de compassion porte loin, très loin, sur notre humanité peut-être, sur nos souffrances… mais aussi sur Joseph assis, pensif, à l’écart, au bas de l’icône. J’aime bien penser que l’Evangile de ce jour est enveloppé dans ce tendre et silencieux regard de Marie. En effet, face à l’énigme déroutante de la venue de Dieu dans l’histoire, face à la grossesse de marie, Joseph est douloureusement perplexe. Il conçoit alors une série de projets bien humains, qui trahissent à la fois son désarroi et l’infinie délicatesse de son amour pour Marie : « Il ne voulait pas la dénoncer publiquement ; il décida de la répudier en secret. Il avait formé ce projet… ». Mais Joseph le Juste (« ajusté » à Dieu) reçoit cette parole qui le détourne à jamais de solutions trop humaines : « NE CRAINS PAS… ». La même parole, à la résurrection, devant le tombeau vide, fera du disciple apeuré un témoin de feu et de lumière. Ainsi, de la conception à la résurrection, tout est oeuvre de Dieu : « Ne crains pas… ». … « Ne crains pas, Joseph, de prendre chez toi Marie ». Et Joseph, qui allait s’effacer dans une séparation crève-coeur, une séparation déchirure, Joseph reçoit Marie chez lui, mais pour un autre effacement cette fois, un effacement amoureux, un effacement comblé !

Paradoxalement, le nom de Yoseph , selon les rabbins, pourrait se rattacher à deux racines, l’une signifiant enlever et l’autre ajouter. Joseph accomplit donc merveilleusement la double vocation de son prénom, lui qui se voit dépouillé de tous ses projets humains d’engendrement et lui qui se trouve comblé par un fils radicalement autre : Jésus, son Sauveur et son Dieu ! Comme il est beau ce couple unique dans l’histoire, qui réalise l’essence même de l’amour : aimer en pure « perte » de soi-même ! Joseph, le paumé de l’aventure comme on l’a chanté parfois (Georges Moustaki : « Pauvre Joseph ! »), devient « l’homme le plus aimé du monde », puisqu’aimé par celui qui est l’Amour même et par celle que l’on nomme « La Mère du bel amour » (Père Marie-Dominique Philippe). Ainsi Marie, en silence, offre tout son être de chair et de sang à l’enfant qui se tisse en elle, et Joseph, dans un total renoncement à lui-même, va donner au fils de Dieu son enracinement dans l’histoire : il va lui donner un nom, il va veiller sur sa croissance. C’est par Joseph que Jésus est « fils de David » (voir la généalogie que donne Matthieu en Mt. 1, 1-17).

Marie et Joseph ont reçu, d’une manière unique, la vocation de laisser grandir Dieu au sein de leur amour, au sein de leur couple. Ce couple est polarisé par un Projet plus grand que le leur et qui les comble !

L’Evangile de ce jour est ainsi une parabole pour notre vie, pour notre temps. Aujourd’hui encore, « La création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Paul, en Romains 8, 22). Dans ce monde traversé par la violence, la famine, le racisme, la peur de vivre et de mourir, où est notre espérance ? Par quels chemins Dieu vient-il encore à nous ?

« Demande pour toi un signe », dit le prophète Isaïe au roi Achaz dans la 1re lecture. Risque ta foi, risque-la « au fond des vallées ou en haut sur les sommets ». Que ta foi remue ciel et terre, et tu verras que tout est signe. Tout est signe de l’Emmanuel, « Dieu avec nous » !

Aujourd’hui, comme Marie, nous sommes appelés à porter Jésus dans le silence et la patience de la foi nue ; conviés à enfanter le Christ dans le chaos de notre monde déboussolé. Mais, comme Joseph peut-être, nous sommes souvent troublés par les chemins effacés, invisibles, que Dieu prend pour venir jusqu’à nous. On parle aujourd’hui (en 2010) de « Pastorale d’Engendrement », qui nous invite à reconnaître que Dieu est à l’oeuvre, en dehors même de nos schémas habituels, prévisibles, et de nos meilleurs projets apostoliques. Nous avons tant de mal à discerner la voix silencieuse et ténue de Dieu dans le tumulte de l’histoire et dans l’agitation de notre vie. Nous avons tant de mal à reconnaître son infinie présence dans l’autre : le conjoint, l’enfant, le parent, le frère, l’étranger qui frappe à notre porte… Noël, c’est d’abord « accepter l’autre, différent, qui nous dérange, et accueillir le Tout-Autre », comme le soulignait la première lettre de Noël du Cardinal Danneels (Paroles de Vie, Noël 1981, 15 p., qui reste la meilleure, selon moi). Nous avons tant de mal à croire que Dieu s’abandonne entre nos mains comme un petit enfant fragile et vulnérable, comme il s’abandonne entre nos mains à la communion ! Celui que nous appelons « le Tout-Puissant » s’est fait « le Tout-Proche » à Noël ! Comme Joseph, nous avons alors un mouvement d’effroi et de recul : nous n’osons pas croire que Dieu nous aime à la folie et qu’il se confie à notre amour. Mais en même temps, au fond de notre coeur, retentit la parole : « NE CRAINS PAS ». Dans ta nuit, dans les ténèbres de notre monde tel qu’il est, de notre société en manque de repères, ne crains pas d’accueillir ton Seigneur. Il est ton feu et ta lumière ; laisse-toi transfigurer par lui. Alors tu seras vraiment cet « homme au coeur pur et aux mains innocentes » (Psaume 23) qui, sur la montagne, est le témoin émerveillé de son Dieu !

François PHILIPS s.j. Wépion, St Bellarmin, le 19 décembre 2010.



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