Centre Spirituel Ignatien La Pairelle

Fête de Saint Ignace ce 31 juillet

Ce 31 juillet, nous fêtons celui qui fonda la Compagnie de Jésus et fut initiateur de la Spiritualité Ignatienne… Bonne fête !

Homélie du Père Guy van Hoomissen, nouveau supérieur de la Communauté des jésuites de La Pairelle.

Saint Ignace, prêtre

J’ai comme règle de m’inspirer de l’évangile pour l’homélie. Une fois n’est pas coutume. Aujourd’hui, plutôt que de partir du texte de l’Ecriture, je voudrais parler de saint Ignace.

Que dire d’Ignace de Loyola à des compagnons jésuites, et à des personnes qui collaborent ou sont proches d’un centre spirituel ignatien ? Que dire que vous n’ayez déjà entendu tant de fois ? Le pape Benoît XVI a souhaité que l’année 2009 – concrètement de juin 2009 à juin 2010 – soit une « année sacerdotale ». Je voudrais évoquer l’ordination d’Ignace de Loyola et voir ce qu’elle peut nous apprendre.

Ignace est ordonné prêtre, avec quelques compagnons, en 1537, lors d’un séjour à Venise. Ignace a donc déjà 46 ans, et toute une vie derrière lui. Mais pourquoi Venise ? Et qui sont ces compagnons ? Ignace et ses compagnons attendent la bénédiction du Pape pour pouvoir faire le voyage en Terre Sainte. Trois ans avant, le 15 août 1534, ils s’étaient réunis à Montmartre pour renouveler ou faire le vœu de chasteté ainsi que le vœu de pauvreté. Et ils y avaient ajouté un vœu original : ils iront à Jérusalem – sans préciser s’ils demeureraient là-bas ou s’ils en reviendraient. Quoi qu’il arrive, ils avaient décidé de s’en remettre à la décision du pape. Effectivement, le pape Paul III leur accorde la licence de se rendre en Terre Sainte et accorde à ceux qui ne sont pas prêtres la faculté de se faire ordonner quand ils voudront, par l’évêque qu’ils choisiront et au titre qu’ils voudront. C’est le 24 juin, fête de la nativité de Saint Jean Baptiste, qu’ils seront ordonnés dans la chapelle privée d’un palais vénitien. Moment de dévotion intense et de gratitude profonde, nous pouvons en être sûrs, pour ceux qui seront ordonnés. Replaçant cette ordination dans un contexte plus large, j’en souligne deux aspects significatifs : pauvreté et disponibilité.

Ignace et ses compagnons sont ordonnés au double titre de la « pauvreté volontaire » et de la « connaissance théologique suffisante » : ad titulum paupertatis et sufficientis litteraturae. Qu’est-ce que cela veut dire ? Au temps d’Ignace, il fallait un titre canonique d’ordination. Il en était ainsi depuis le Concile de Chalcédoine (451). Ce n’est plus le cas aujourd’hui, parce que la situation est complètement différente. L’idée était d’intégrer les clercs dans une structure ecclésiale et aussi de leur assurer un revenu. En pratique, cette mesure permettait aux prêtres de recevoir un traitement pou pouvoir mener une vie décente. Généralement, c’était au titre d’un bénéfice, et donc un prêtre était assigné à un lieu de culte dont les revenus assuraient le traitement. Ce pouvait être aussi au titre du patrimoine, en cas de fortune personnelle ou d’héritage familial. D’autres titres ont existé au cours du temps.

Ignace innove. Quelques jours avant l’ordination, les compagnons avaient renouvelé, entre les mains du légat du Pape, leur vœu de pauvreté totale et perpétuelle. Ils seront ordonnés au « titre de la pauvreté ». Ils ont reçu gratuitement l’ordination sacerdotale, c’est pour se donner eux-mêmes avec gratuité au peuple de Dieu. Comme source de revenus, ils n’ont besoin de rien d’autre que leur engagement à vivre pauvre à la suite du Christ pauvre. Ainsi la mission apostolique d’Ignace, dès ses débuts, est marquée par la gratuité. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8). Lorsque plus tard Ignace rédigera des Constitutions pour l’ordre naissant, il se débattra longtemps encore avec cette question de la pauvreté. Pour lui, il était essentiel de maintenir le témoignage de la gratuité apostolique. Sans cela, ce n’est pas le Christ crucifié et ressuscité que l’on prêche.

Deuxième aspect : la disponibilité apostolique. Ignace – et il en va de même pour ses compagnons – n’est pas ordonné pour un lieu ou pour une fonction déterminée. Il veut demeurer apostoliquement disponible, au service du vicaire du Christ, partout où il puisse prêcher la Parole de Dieu et réconcilier les hommes avec leur Sauveur. Leur sacerdoce, a-t-on pu dire, n’est pas celui de St Pierre qui confirme les églises existantes dans leur communion, mais celui de St Paul qui parcourt le monde pour annoncer le Christ, crucifié et ressuscité. C’est un sacerdoce pour la mission, caractérisé par la disponibilité apostolique. Il s’agit de se laisser envoyer là où le Seigneur a besoin de nos ressources et de nos talents. De nos faiblesses aussi car, pour le Royaume, le Seigneur peut utiliser jusqu’à nos faiblesses.

Voici donc les compagnons ordonnés. Que vont-ils faire ? Dans le monde d’aujourd’hui, l’homme vaut par ce qu’il produit. On pense en termes d’efficacité : réussite scolaire, succès professionnel, reconnaissance sociale. La vie apostolique elle-même risque d’être jugée sur son efficacité et son rendement. Ignace le sait bien. Lui-même a connu cette tentation. Après l’ordination, les compagnons ne se jettent pas directement dans l’apostolat. A l’exemple du Christ, au début de sa vie publique, ils se retirent au désert, c’est-à-dire qu’ils se dispersent en petits groupes dans la région de Venise. Avec Favre et Laynez, Ignace se retrouve dans un vieux couvent abandonné près de Vicence. Ils dorment sur la paille. Favre et Laynez vont mendier en ville et ramènent de quoi manger : un peu de pain sec, de l’huile. Ignace essaie de faire la cuisine. Quarante jours de retraite absolue, dans une simplicité radicale. Ils veulent rencontrer le Seigneur dans la prière ou plutôt se laisser rencontrer par lui, se mettre vraiment à son service. Ils n’auraient rien à donner s’ils n’avaient d’abord reçu ce que Dieu leur donnera de partager. Alors seulement, pourront-ils donner le meilleur d’eux-mêmes, prêchant la Parole de Dieu et venant en aide à toute personne spirituellement et matériellement pauvre.

Il y a là pour nous jésuites, pères et frères, un exemple. Ignace et les premiers compagnons nous parlent et ils nous invitent à réfléchir à la manière dont nous sommes appelés à vivre le sacerdoce. Je me tourne aussi vers les religieuses et les laïcs qui collaborent à notre mission commune : à la lumière de cet exemple, aidez-nous à approfondir notre vocation et à mieux vivre le « caractère sacerdotal » de la Compagnie de Jésus .

Guy Vanhoomissen La Pairelle, 31 juillet 2009



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31 juillet 2009
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