Centre Spirituel Ignatien La Pairelle

Assomption - Une Eglise mariale

Assomption 2007 (Ap 11,19…12,10 ; 1Co 15, 20-27 ; Lc 1, 39-56)

Nous n’allons pas essayer d’analyser scientifiquement ce qui se cache derrière le mot « assomption » : on risquerait de perdre cœur. Pas question non plus de nous laisser emporter par des élans hautement mystiques : on perdrait la tête. Nous savons bien peu de choses sur Marie, et on est toujours très embarrassé quand il faut trouver une lecture qui évoque sa vie. Paul, pas un mot dans ses 13 lettres. Marc, presque rien. Matthieu, s’il nous en dit quelque chose, c’est presque entre parenthèses. Chez Jean, on trouve deux allusions. Seul Luc nous donne quelques détails sur sa vie.

D’autre part, nous avons chanté tout à l’heure : « Tu es au cœur de cette Eglise… » C’est ce qui m’a donné l’idée de m’inspirer du témoignage (*) d’un prêtre, mort assez jeune il y a une dizaine d’années ; comme il le dit, il ‘’voudrait plaider pour une Eglise mariale’’. En filigrane, les familles du « Chemin de foi » qui ont vécu la superbe journée du 6 mai dernier à Beauraing & Ciergnon pourront relire le parcours de foi de Marie, qui a jalonné notre journée. C’est en quelque sorte un rêve que j’aimerais partager avec vous, quelque chose que l’on médite les yeux clos à la suite de Marie - elle qui ne comprenait pas bien tout ce qui lui tombait dessus, et faisait donc la chose la plus intelligente qui était à sa portée : « Elle gardait et méditait toutes ces choses dans son cœur. »

Alors, … rêvons un peu à l’Eglise. Non pas celle qui multiplie les processions triomphales ou les bénédictions de statues géantes, mais une Eglise qui vit l’Evangile à la manière de Marie : celle qui ne connaissait pas encore son nom, car elle était composée d’une douzaine de gars qui, après l’Ascension, s’étaient sentis orphelins. Si orphelins qu’ils ne pouvaient que se tourner vers la mère de celui qui venait de les quitter : il leur avait donné la mission de répandre la Joyeuse Nouvelle à tout l’univers … avec pour seule arme leurs fragilités. Elle se met à raconter … Et ils se mettent à rêver, et nous avec eux …

Et voici que l’Eglise suit Marie dans la montagne : elle part avec elle à la rencontre de la vie. Elle rend visite aux femmes et aux hommes de tous les temps et, au-delà des stérilités apparentes, elle est à l’affût de ce qui naît, de ce qui est possible, de la vie qui palpite en eux. Elle se réjouit et chante. Au lieu de se lamenter sur son sort et sur les malheurs du monde, elle s’émerveille de ce qui est beau sur la terre et dans le cœur des hommes. Et elle y voit l’œuvre de Dieu.

L’Eglise mariale sait qu’elle est l’objet d’un amour gratuit et que Dieu a des entrailles de mère. Elle l’a vu, Dieu, sur le pas de la porte, guetter l’improbable retour du Fils ; elle l’a vu se jeter à son cou, passer à son doigt l’anneau de fête et organiser lui-même la fête des retrouvailles … Quand elle feuillette l’album de famille, elle voit Zachée sur son sycomore, Matthieu et les publicains, une femme adultère, une Samaritaine, des étrangers, des lépreux, des mendiants, un prisonnier de droit commun sur son poteau d’exécution.

On peut allonger la galerie des portraits de famille, mais cela suffit pour comprendre que cette Eglise-là ne désespère de personne et qu’elle n’éteint pas la mèche qui fume encore. Sa priorité : accompagner celui ou celle qui porte douloureusement une blessure d’alliance et à qui l’on fait sentir que, s’il est remarié, il n’a plus droit ni à la tendresse humaine ni à la tendresse de Dieu. Accompagner … Être témoin de la compassion de Dieu auprès de tous ceux que la vie a blessés … Être le visage de celle à qui on n’en finissait pas d’attribuer des noms pleins de poésie : Consolatrice des affligés … Mère de miséricorde … Secours des malades … Refuge des pécheurs …

À la suite de Marie, dont le chemin n’était pas tout tracé et qui devait parfois se demander si son fils ne prenait pas des risques inconsidérés face aux autorités politiques et religieuses, l’Eglise ne connaît pas les réponses avant que les questions ne soient posées (Pour rappel : nous sommes toujours dans le rêve, le désir, l’attente !…). Elle connaît les doutes et les inquiétudes, la nuit et la solitude. C’est le prix de la confiance. Elle participe humblement au dialogue avec les autres religions et ne prétend pas avoir le monopole de la vérité : elle accepte de chercher et n’en finit pas de s’interroger.

L’Eglise mariale, ce n’est pas une vie de château ; c’est dans le quotidien de Nazareth qu’on s’y reconnaît. Loin de s’y enfermer, elle sort de chez elle pour parler avec les autres habitants du village. Elle pleure et se réjouit avec eux sans leur faire la morale. Elle écoute surtout. Quand on l’invite à une fête, à un mariage, elle y va car c’est là qu’on rencontre les gens.

Sa place est au pied de la croix. Elle ne va pas se réfugier dans une forteresse, dans une chapelle ou dans un prudent silence quand des hommes sont écrasés. Elle est exposée, dans ses actes comme dans ses paroles. Humble et courageuse, elle se tient aux côtés des crucifiés.

L’Eglise mariale laisse entrer le vent de Pentecôte, le vent qui pousse dehors et qui délie les langues. Et si elle prend la parole sur la place publique, ce n’est pas pour asséner une doctrine ou proférer des condamnations, ni pour grossir ses rangs ; elle dit simplement que la promesse est tenue, que le combat est gagné, que les Dragons d’hier et d’aujourd’hui sont terrassés à jamais. Mais voici le grand secret qu’elle ne peut que murmurer : pour gagner la victoire, Dieu a déposé les armes du pouvoir pour mieux nous livrer le trésor des béatitudes.

Et, tous les soirs, à la fin des vêpres, des voix s’élèvent pour chanter le Magnificat, car l’Eglise sait où demeure sa joie. Et, quoi qu’il lui arrive, elle ne pourra jamais s’empêcher de laisser monter vers le Créateur, dans toutes les langues (y compris le latin ! !), son émerveillement face à l’œuvre qu’il accomplit dans ses créatures. Car, en définitive, le mot « assomption » signifie, je pense, « monter » ; ne serions-nous pas déjà, à la suite de Marie, une « Eglise montante » ?

(*) Témoignage du P. François Marc, paru dans ‘’La Croix’’ du 11 mai 1996.

Chaque dimanche, l’homélie sur le site : www.lapairelle.be mchodoire@lapairelle.be



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Documents joints

Assomption 2007 (Une Eglise mariale)

15 août 2007
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